Elles sont deux, enlacées dans une lumière pâle, presque liquide, qui caresse la peau comme un souvenir.
Leur étreinte n’est pas prisonnière du temps, elle le suspend. Une corde épaisse les entoure, sinueuse comme un serpent apprivoisé. Elle n’enferme pas : elle relie. C’est le fil d’un serment muet, tissé d’ombres et de souffle.
Le noir et blanc absorbe toute couleur superflue, ne laissant que l’essentiel : la chair, la douceur, la tension. Entre leurs corps, il n’y a plus de frontière. On ne sait plus où commence l’une, où finit l’autre. Peut-être ne le savent-elles plus elles-mêmes.
Cette corde, symbole de contrainte dans d’autres récits, devient ici une promesse. Elle noue leur tendresse comme on lie deux âmes égarées. Elle pourrait être la trace d’un jeu, d’un abandon, d’une offrande à la volupté — ou simplement le lien d’un amour que rien ne saurait délier.
Il y a dans leurs gestes une pudeur ancienne, un désir silencieux, presque mystique. Leurs visages se cherchent à travers la lumière, leurs bras se confondent, leurs souffles s’accordent. Le monde autour d’elles s’efface : ne demeure que la pulsation du lien, la lente marée de la tendresse.
Ce n’est pas une image d’emprisonnement. C’est une image d’union.
La corde devient cordon, racine, source, elle relie ce qui s’aime à ce qui s’ancre.
Et dans cette étreinte, entre la douceur du joug et la liberté du désir, naît quelque chose d’immobile et d’infini : la paix de deux êtres qui ont cessé de lutter contre ce qu’ils ressentent.
Le surréalisme, ici, ne cherche pas le scandale : il cherche la vérité cachée du corps amoureux.
L’amour comme un lien visible, la passion comme un rituel sacré.
Deux femmes unies, non par la corde, mais par l’évidence du geste.
Le lien
Dans l’ombre argentée du silence, deux femmes se tiennent,
Leurs bras sont des lianes, leurs souffles se mêlent.
Une corde, lente, glisse autour d’elles comme un serment d’écume,
Et l’on dirait qu’un ange aveugle les a liées pour l’éternité.
Leur peau semble prier, leurs cœurs se parlent sans voix.
Dans ce clair-obscur, le désir n’est plus flamme, mais encens.
Tout est lent, suspendu, comme si le temps, lui-même,
Avait posé son front sur leurs poitrines.
Elles ne s’enlacent pas : elles s’unissent.
L’amour ici n’est ni cri, ni vertige, mais mélancolie.
La corde, douce, les enserre comme un poème ancien,
Tressé d’attente, de peur, et d’abandon.
Leur étreinte est un rite, une offrande à la nuit.
Leurs yeux fermés boivent la lumière comme un vin défendu.
Et l’on sent, dans ce silence d’argent,
Que la beauté n’existe que lorsqu’elle se retient de mourir.
Ô liens d’ombre et de chair,
Vous n’êtes ni chaînes ni promesses —
Mais l’âme même du monde,
Quand il rêve d’aimer encore.
Trishia O’Day |